Le développement rapide des agglomérations et les pressions démographiques qu’elles subissent impliquent des défis d’organisation pour les pouvoirs publics. Comment faire en sorte que tous les habitants aient accès aux services et infrastructures de base ? Comment équilibrer la répartition des populations sur le territoire ? Comment faire cohabiter des personnes de culture, d’âge, ou de milieux sociaux différents ? Comment s’assurer que la circulation d’un point à un autre d’une ville soit fluide et accessible ? Comment garantir la sécurité des habitants, lutter contre la criminalité et la violence ?

Les plans de développement urbains, véritables défis d’intégration et de logistique, peuvent répondre à toutes ces questions. En effet, l’urbanisme peut être à la fois la cause des problèmes sociaux, économiques, sanitaires et sécuritaires que rencontrent les habitants d’une ville et leur solution. En d’autres mots, l’urbanisme en tant que soft power, participe à l’ordre social et politique à un niveau local et régional.

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Credit photo Mohamed Zaoui

 

L’intégration des populations dans la dynamique urbaine à travers la couverture des services de base

En matière de développement urbain tourné vers le social, Medellín fait cas d’école. Sergio Fajardo, maire de Medellín entre 2004 et 2007, avait basé son projet politique sur la réalisation d’un plan de développement urbain intégral. Il voyait dans les inégalités sociales la cause des violences et du fort taux de criminalité qui avaient terni la réputation de la ville. Medellín connaissait également une forte pression démographique et des contraintes géographiques. L’enjeu pour retrouver la paix sociale était donc de résoudre de multiples problèmes urbains et sociaux-économiques dans un même temps.

L’intégration des populations dans la dynamique urbaine est un défi à plusieurs niveaux : l’accès à l’éducation, la santé, un logement décent, l’eau potable et courante, la collecte des déchets, sont des services essentiels à la vie quotidienne. Leur couverture et répartition au sein d’une agglomération, pourtant, est rarement égalitaire. Manque de financements, surpopulation, certaines villes et certains quartiers se retrouvent mieux dotés que d’autres. A Medellín s’ajoutaient des espaces informels (ghettos, cités) qui s’étaient constitués en réponse à la pression démographique. Ces espaces construits ad hoc étaient exclus de la provision des services urbains, alors que le manque d’accès aux services sociaux accentue la pauvreté.

Les investissements réalisés par Sergio Fajardo ont donc ciblé en priorité les quartiers les moins dotés. A travers les plans urbains intégraux, ce sont des écoles, des structures sportives, des logements, des bibliothèques et des routes qui ont été construits. Les transports publics ont également été développés, et l’ouverture du métrocâble, un téléphérique urbain, a concrètement permis l’inclusion des populations les plus pauvres dans la dynamique urbaine, malgré le territoire escarpé.

Alfonso Salazar, maire de Medellín entre 2008 et 2011, a continué sur cette lancée. La ville la plus violente du monde en 1991 a vu son taux d’homicide baisser de 95% vingt ans plus tard

 

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Credit photo Mohamed Zaoui

 

L’appropriation des espaces urbains par la population

 

Au-delà de l’investissement dans des structures d’éducation ou de transports publics, les plans urbains intégraux à Medellín prévoyaient la création d’espaces de rencontres et d’interaction sociale, les Unidades de Vida Articulada (UVA). Ces espaces à disposition des habitants de la ville permettent de réaliser des activités sportives, culturelles, éducatives.

Dans une ville, les espaces publics sont vecteurs du renforcement de la cohésion sociale. Outre leur avantage écologique et environnemental, les parcs et espaces végétaux sont des espaces de loisirs, des lieux de rencontres, des espaces culturels. En d’autres mots, ils encouragent la cohabitation, l’expression, et la cohésion. Ils favorisent l’appropriation de l’espace urbain par sa population. Or, le sentiment d’appropriation permet de réduire les actes de vandalisme et de dégradation envers ce même espace urbain. L’appropriation favorise l’investissement de soi et l’engagement. Les personnes qui ne se sentent pas attachées à leur communauté ou à leur quartier, seront moins susceptibles de prendre soin de leur environnement de vie, ou d’exercer une surveillance de l’espace urbain dans lequel ils évoluent. C’est la théorie de l’architecte Oscar Newman, la defensible space theory (théorie de l’espace défendable). Cette théorie explique que les personnes se sentent plus en sécurité dans un environnement lorsqu’elles y éprouvent un sentiment d’appartenance et de responsabilité.

Enfin, en attirant du monde et du mouvement, les lieux de socialisation permettent également de réduire la criminalité et la violence, en dissuadant les potentiels criminels et délinquants.

 

L’urbanisme pour prévenir la criminalité

 

Timothy d. Crowe a développé le concept de CPTED (crime prevention through environmental design : prévention du crime par l’aménagement des milieux). La conception des bâtiments et de l’espace urbain en général, peut être utilisée pour prévenir la criminalité, la violence et améliorer la qualité de vie des habitants. Ainsi, un espace éclairé, avec une vue dégagée, sera moins susceptible de connaitre la criminalité et la violence, au contraire des zones sombres et des espaces dissimulés. Le balisage des chemins dans les parcs permet de guider les passants et les foules vers les entrées et sorties officielles, et donc d’en maitriser les mouvements. L’entretien régulier des espaces verts et des bâtiments permet également de limiter les dégradations et le vandalisme. Un endroit mal entretenu donne l’impression d’un espace peu surveillé et peu utilisé, ce qui incite l’activité criminelle.

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Credit photo Mohamed Zaoui

Ainsi, les plans de développement urbains peuvent avoir un réel impact sur la qualité de vie des habitants d’une agglomération et sur la paix sociale qui y règne. La structure d’une ville, l’interconnexion des quartiers, et la disposition des bâtiments sont des déterminants stratégiques à un niveau local dans la sécurité et la tranquillité des populations urbaines. L’intérêt est donc d’avoir une approche à la fois locale et globale. Locale pour mieux répondre aux besoins et aux spécificités de chaque agglomération, et globale pour pouvoir appréhender tous les aspects du développement urbain, et déterminer une stratégie holistique.

 

Par : Isabelle Kemmel, analyste en Relations Internationales, membre Expert du Think Tank Club Gouvernance

https://twitter.com/isabelle_kemmel

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