La communication non-verbale est un langage qui tient de l’intuition. Il est difficile à quantifier, à mesurer, à expliquer. Nous l’utilisons tous. Les codes que nous suivons et auxquels nous répondons trouvent à la fois leur source dans notre animalité et dans notre société. C’est un langage qui s’est développé au cours des millénaires d’existence de notre espèce, à la fois inné et culturellement influencé.

Si nous évoluons tous à travers la communication non-verbale, en n’y attachant finalement qu’un infime intérêt, les professionnels de la scène et de la vie publique, sont forcés de pousser l’art à la perfection. Que l’on soit acteur, politicien ou policier, la communication non-verbale devient un outil de communication et d’investigation essentiel. Savoir être, savoir paraître et être capable de décrypter une situation sur la base de la communication non-verbale sont le fondement des relations sociales.

 

Un domaine intuitif indispensable à la communication

 

Le docteur Albert Mehrabian a théorisé que 7% de la communication est transmise au moyen des mots, 38% par la voix et les intonations (langage para-verbal), et les restants 55% par la posture et les gestes. En résumé, 7% du message passe par le langage et 93% par le corps. Maîtriser sa voix, contrôler ses gestes, se positionner dans un espace sont des informations-clés dans le processus d’interaction.

La communication non-verbale est si essentielle à la compréhension, que l’essor des moyens de communications écrits instantanés a nécessité la création de représentations imagées des expressions du visage, c’est-à-dire les émoticônes.

 

Une communication culturelle

 

La communication non-verbale, comme tout langage est influencée par la culture. Les gestes que nous utilisons diffèrent selon les sociétés. Par exemple, si vous demandiez à un Chinois, à un Allemand ou à un Britannique de représenter un chiffre avec leurs doigts, vous obtiendrez des résultats très différents. Le hochement de tête est aussi inversé selon les pays. En Hongrie et en Grèce, le hochement horizontal signifie « oui ». La langue des signes n’est pas non plus universelle. En France on parle de la LSF (langue des signes française). Enfin la distance entre deux personnes qui se parlent connaît également des variations culturelles.

Pourtant, même lorsqu’on interagit avec quelqu’un qui vient de l’autre côté de la planète, on ne peut manquer de remarquer une certaine similarité des expressions de base. Le psychologue Paul Ekman a effectué des recherches auprès de sociétés isolées pour déterminer si certaines expressions faciales sont universelles. Il en a défini sept qui sont communes au genre humain. Ce sont celles qui expriment le dégoût, la colère, la peur, la tristesse, la joie, la surprise et le mépris.

 

Le Facial Action Coding System

 

En allant plus loin dans leur recherche, Paul Ekman et Wallace Friesen ont développé une cartographie des expressions faciales et de leur signification dans la communication non-verbale. Leurs travaux permettent de sortir de l’aspect intuitif avec lequel on aborde ce mode de communication, et de l’analyser de manière scientifique. C’est ce qu’on appelle le Facial Action Coding System (FACS). En plus des expressions faciales, ils ont mis l’accent sur les micro-expressions qui n’apparaissent qu’une fraction de seconde et qui, à l’instar du lapsus de Freud, trahissent l’état émotif réel de l’interlocuteur. Celui qu’il ne voulait pas forcément laisser transparaître. Or pouvoir déterminer l’état émotif de quelqu’un permet également d’appréhender ses possibles réactions.

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La communication non-verbale en politique, une lutte de pouvoir

 

Chez les politiciens, du fait de leur sur-médiatisation, la communication non-verbale est sans cesse passée au peigne fin. Elle permet à un électeur de se faire une idée sur la sincérité, le sérieux ou la résilience d’un candidat. Des gestes nerveux, saccadés ou violents ne sauraient renvoyer une bonne image. Au-delà du geste en lui-même, le rythme est également important. Il doit être en accord avec le discours, au risque de devenir une distraction, ou pire, de ne pas paraître spontané.

Une autre dimension de la communication non-verbale en politique est celle de la domination. Quand on rentre dans une dynamique de groupe régie par un jeu de pouvoir, la posture du corps et les gestes sont également de bonnes indications sur la position hiérarchique des individus. Une attitude peut inspirer la confiance, l’autorité ou la méfiance. Ainsi, une simple poignée de main peut être l’expression d’une domination (réelle ou feinte) d’une personnalité sur l’autre. Si l’on étudie les poignées de main du président américain Donald Trump, on remarque qu’il ramène toujours son avant bras contre son corps, obligeant son interlocuteur à tendre le bras, ce qui le met en position de déséquilibre, et donc de faiblesse apparente.

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Un maître de la communication non-verbale est Vladimir Poutine. Dans sa communication, tant en Russie qu’à l’étranger, il entretient cette image d’homme fort, sûr de lui, à la démarche rapide et déterminée.

Un autre exemple illustre cette lutte de pouvoir par la communication non-verbale. Lors du sommet de Camp David en 2000, on a pu assister à une scène surprenante. Yasser Arafat et Ehud Barak semblaient sur le point de se battre comme des chiffonniers pour ne pas être le premier des deux à entrer dans le bâtiment. L’explication est culturelle, celui qui domine le groupe rentre en dernier.

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Du chemin à parcourir ?

 

La communication non-verbale, bien qu’essentielle à la communication, reste un champ encore intuitif, où chacun y va de son interprétation. Beaucoup d’entre nous évoluent encore dans l’obscurité, incertains quant à notre propre communication non-verbale et à ses implications. Quelques-uns possèdent cette intelligence émotionnelle naturellement quand d’autres l’acquièrent par l’expérience. Or, dans une société où on nous demande toujours plus de savoir-être, des cours de posture, de théâtre ou de communication trouveraient leur utilité dès les premières étapes du parcours éducatif.

 

Par : Isabelle Kemmel, analyste en Relations Internationales, membre Expert du Think Tank Club Gouvernance

https://twitter.com/isabelle_kemmel

 

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