Début 2018, Donald Trump menaçait de geler les fonds américains pour l’UNRWA, moins d’un mois plus tard, la Commission européenne décide d’adopter un plan d’aide à hauteur de 42.5 millions d’euro en soutien aux Palestiniens, dans ce contexte, il est intéressant d‘examiner les enjeux de l’aide au développement.

On distingue trois types de flux financiers internationaux: les investissements directs étrangers (IDE), les envois de fonds, et l’aide au développement. L’aide au développement peut prendre la forme d’un flux de ressources provenant de gouvernements, de bailleurs de fonds internationaux ou d’ONG privées. À ce titre, les Objectifs de Développement Durable visent à stimuler la croissance économique, réduire la pauvreté, promouvoir l’éducation et la santé à travers des aides au développement.

L’aide au développement publique et privée

Pour l’économiste Roger C. Riddell, l’aide au développement se définit comme des « ressources, des biens, des compétences, des savoir-faire, des subventions ou des prêts transférés d’un donateur à un récipiendaire ».1 Lorsqu’elle est publique, elle provient des pays et des organisations multinationales, et peut être bilatérale ou multilatérale. En revanche, les flux commerciaux, les flux financiers déguisés tels que des tarifs préférentiels, l’aide provenant des organisations privées (ONG) et l’aide militaire n’en font pas partie. Il est difficile d’estimer le montant d’une aide publique au développement, car les prêts, par exemple, doivent être remboursés. A ce titre, les annulations de dettes sont parfois incluses dans la définition de l’aide publique au développement.2

Du côté des acteurs privés de l’aide au développement, on retrouve les organisations non-gouvernementales. Ces organisations sont moins liées aux intérêts géopolitiques et diplomatiques que les acteurs étatiques. Elles travaillent directement au contact des populations et avec la société civile.3 L’aide au développement diffère de l’aide humanitaire dans le sens où la première vise le long terme alors que la seconde s’intéresse au court terme.

Quels pays sont concernés par l’aide au développement ?

Le comité d’aide au développement de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economiques) classe les pays récipiendaires en quatre catégories : les pays les moins avancés, les pays à faible revenu, pays et territoires à revenu intermédiaire tranche inférieure, pays et territoires à revenu intermédiaire tranche supérieure. Certains pays qui reçoivent de l’aide au développement sont également des pays donateurs, comme la Chine et l’Inde.4 L’ONU reconnaît 48 pays les moins avancés, principalement situés en Asie et en Afrique.

L’intérêt de cette classification est de diriger l’aide au développement vers les pays qui en ont le plus besoin. Par exemple, certains d’entre eux ont un niveau d’endettement extérieur très élevé, ce qui représente un fardeau pour leur économie. Chaque bénéfice risque d’être englouti par le remboursement des intérêts au lieu d’être réinvesti, favorisant un cercle vicieux.5 Permettre à ces pays de sortir de ce cercle est l’un des buts de l’aide au développement.

Logique et fonctionnement de l’aide au développement

L’aide au développement permet de réaliser des économies nécessaires pour l’investissement et la croissance. Taïwan et la Corée du Sud en sont des exemples réussis.

Cependant, dans la plupart des cas, l’aide publique au développement n’est pas attribuée en fonction des critères socio-économiques du pays récipiendaires, mais par rapport aux intérêts politiques et économiques du pays donateur. Le plan Marshall est un exemple d’aide au développement accompagnée d’intérêts politiques : au sortir de la seconde guerre mondiale, il avait pour but de reconstruire l’Europe, stabiliser la région et contenir l’avancée du communisme. 6 L’aide au développement, en permettant l’augmentation des flux de transactions et l’accroissement de l’accès aux marchés, ouvre notamment des perspectives économiques pour les pays donateurs.

Le calcul du montant de l’aide au développement doit également prendre en compte la capacité d’absorption du pays récipiendaire. C’est pour cela que l’aide au développement est souvent accompagnée d’une assistance technique, afin que celle-ci soit utilisée de façon appropriée et efficace, en vue d’une croissance économique et d’un développement. La suspicion de corruption est une raison qui peut freiner l’attribution de l’aide au développement.

Enfin, les liens historiques et culturels jouent un rôle dans le choix des pays récipiendaires. La France dirige souvent l’aide au développement vers ses anciennes colonies. L’Union européenne se concentre sur l’Europe de l’Est et le sud de la Méditerranée pour des raisons politiques et sécuritaires.7

L’aide au développement est-elle réellement efficace ?

De nombreuses questions peuvent se poser quant au gaspillage des ressources (par exemple lorsque l’aide au développement finance les dépenses des gouvernements au lieu d’être réinvestie), au soutien qu’elle risque d’apporter à des gouvernements corrompus, et au fossé qu’elle peut creuser entre les classes les plus aisées et les plus précaires (principalement lorsque la classe dirigeante s’approprie les ressources transférées). L’aide au développement peut avantager ceux qui sont au pouvoir, au risque de les voir s’y maintenir et réprimer l’opposition politique. Elle peut aussi servir au pays donateur à s’ingérer dans les affaires internes du pays récipiendaire.

C’est le cas de l’aide conditionnelle. L’aide au développement est parfois conditionnée à l’octroi d’avantages économiques en faveur des acteurs du pays donateurs, ou à l’établissement de restrictions sur les importations provenant d’autres pays, ce qui peut se révéler dommageable pour le pays récipiendaire.8

Même lorsqu’elle n’est pas conditionnelle, l’aide au développement peut avoir des conséquences négatives sur l’économie du pays récipiendaire. On peut par exemple observer ce qu’on appelle la « maladie hollandaise » : un flux de ressources gratuites peut influencer la valeur de la monnaie, augmenter le coût des exportations, rendre l’économie du pays moins compétitive et avoir un effet négatif sur la croissance.9 De plus, la volatilité des flux d’aide financière (liée aux intérêts politiques et économiques des pays donateurs) peut se révéler dommageable pour l’économie d’un pays qui en dépendrait.10

Néanmoins des efforts ont été réalisés pour améliorer l’efficacité de l’aide au développement, comme le montrent par exemple la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide (2005) et le Programme d’action d’Accra (2008). Cinq principes fondamentaux pour améliorer l’efficacité de l’aide émergent de ces travaux :

  • Appropriation – Les pays en développement définissent leurs propres stratégies de réduction de la pauvreté, améliorent leurs institutions et luttent contre la corruption

  • Alignement – Les pays donneurs s’alignent sur ces objectifs et s’appuient sur les systèmes locaux

  • Harmonisation – Les pays donneurs se concertent, simplifient les procédures et partagent l’information pour éviter les doublons

  • Résultats – Les pays en développement se concentrent sur les résultats souhaités et leur évaluation

  • Redevabilité mutuelle – Les donneurs et les partenaires sont responsables des résultats obtenus en matière de développement.11

Du côté des ONG on retrouve également le projet Sphère, initié en 1997, qui vise à améliorer l’efficacité de l’aide et la redevabilité des acteurs humanitaires.

Pour conclure

L’aide au développement peut être un levier pour la croissance et le développement, à condition d’être utilisée de façon efficiente. L’accroissement de la dette extérieure en raison d’intérêts trop élevés pour le remboursement d’un prêt, l’accroissement des inégalités entre les classes les plus aisées et les classes les plus précaires, le renforcement d’une bureaucratie corrompue, ou les limitations aux initiatives individuelles ne sont pas ce que l’on attend d’une aide au développement.12

Ainsi, pour être efficace et cohérent, il est préférable d’éviter de conditionner l’aide à l’octroi d’avantages pour le pays donateur. Il est également intéressant d’aller au delà des intérêts économiques et politiques dans la réalisation d’un plan d’aide au développement. Briser le cercle de la pauvreté et des inégalités devrait en être le but principal. Même si les acteurs étatiques n’y voient pas un intérêt direct et personnel (c’est le problème du passager clandestin), surtout lorsqu’il s’agit de pays oubliés de la scène internationale, l’investissement pour le développement, en faveur de l’éducation et de la santé présentent des attraits d’un point de vue géopolitique, économique et sécuritaire. Moins de pauvreté et d’inégalités, plus d’éducation et de santé sont des facteurs entravant la radicalisation des populations, le développement de groupes extrémistes, contribuant ainsi sur un plan local, régional et mondial à la stabilité.

Par : Isabelle Kemmel, analyste en Relations Internationales, membre Expert du Think Tank Club Gouvernance

https://twitter.com/isabelle_kemmel

1 Roger C. Riddell, Does Foreign aid really work? (2007) p.17

2 Ibid. p.19

3 Todaro and Smith, Economic Development (Eleventh Edition), Addison-Wesley, 2011, p.706

4 Ibid. p.19

5 Christina Bjerg, Christian Bjørnskov, Anne Holm, “Growth, debt burdens and alleviating effects of foreign aid in least developed countries” in European Journal of Political Economy 27 (2011) p.150

6 Christina Bjerg, Christian Bjørnskov, Anne Holm (2011) pp.701-702

7 Roger C. Riddell (2007) pp.97-98

8 Todaro and Smith (2011) p.704

9 Christina Bjerg, Christian Bjørnskov, Anne Holm (2011) p.144

10 Amelia Santos-Paulino quoting Bulír and Hamann, 2003, in “Aid and Trade Sustainability under Liberalisation in Least Developed Countries”, The World Economy (2007), p.974

11 The Paris Declaration on Aid Effectiveness and the Accra Agenda for Action, pp.3-8

12 Todaro and Smith (2011) p.707

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